grand méchant loup en costume de soirée
Hier soir c'était cocktail, dans un lobby d'hôtel du 7e arrondissement. Toujours à l'affut de lieux inédits offrant de belles vues de Paris, j'ai accepté l'invitation de ce fameux directeur commercial. Il était passé une fois, juste après l'ouverture du 58 Rocket Street, il était resté discuter près d'une heure, de tout, de rien, de son divorce, de sa fille, de son accident de moto... Une amie qui le connaît m'avait dit:"On a parlé de toi avec D, il te trouve jolie." Ah. Toujours est-il que je ne l'avais pas revu depuis et qu'il ne m'avait pas séduite plus que ça, sur le coup, forcément les béquilles (qu'il arborait à l'époque) me rappelaient trop de mauvais souvenirs.Alors hier matin quand il a appelé, flatté que je me souvienne de lui, et qu'il m'a proposé d'aller à cette mondanité, j'ai accepté. Drôle d'attitude. Je ne me suis pas très bien comprise moi-même.
Avec le recul je sais pourquoi je me suis jetée dans la gueule du loup, dans une situation où cet homme penserait:"C'est gagné, c'est dans la poche, ce soir ce sera elle." Je me demandais si la raison qui m'avait poussée dans les bras de M était suffisante. Je me disais:"Il n'a personne, je n'ai personne, est-ce qu'on est ensemble faute de mieux ou est-ce fondé sur une véritable attirance?" et ce autant pour lui que pour moi.
De revoir D très à son avantage dans ce cocktail mondain où tout est beau, tout brille, lui y compris, ses longs cils et sa tenue impeccable, son aisance naturelle et ses belles dents rayant si bien le parquet, je me demandais si j'allais succomber ou non. J'ai poussé l'expérience loin, puisque j'ai accepté son invitation à dîner. Prise dans cet étourdissement stupide plein de paillettes et de choses plus ou moins luxueuses, à l'entendre me parler fric et ambition toute la soirée, j'ai su que non, il ne m'intéressait pas. Même si à la base nous travaillons tous les deux dans le milieu du livre, nous ne parlons pas de la même chose, à aucun moment.
D est loin d'être désagréable. Mais il n'est pas ce que je recherche.
Quand je suis partie à minuit telle Cendrillon attrapant sa citrouille, je savais que c'était la bonne décision. Pas la plus sage, pas la plus raisonnable, non, juste la bonne. Même si les paillettes de D étaient diablement attirantes, ce monde n'est pas pour moi. Donc je me dis que non, ce n'était pas un hasard, que je tombe sur M.
Ces doutes balayés, je me sens plus légère, en phase, libérée d'un truc qui me pesait. Ca peut paraître idiot, pervers, incompréhensible ou compliqué, voire le tout à la fois, mais j'en avais besoin. Les doigts dans la prise, j'appelle ça.
Bon, j'étais en retard à mon rendez-vous ce matin avec mon représentant préféré mais il a dit qu'il ne me détestait pas pour autant. J'étais pourtant toute honteuse.
Et ce soir encore, soirée mondaine. Mais pas dans la même ambiance. Du tout.
