29.10.05

stairway to heaven

Eh oui, ce n'est pas avec le live de Led Zeppelin que mon coup de blues/grOsse fatigue/ras-le-bol va aller mieux, j'aurais plutôt tendance à me morfondre.

L'idée, c'est que dans maintenant 4h, j'interviewe Greil Marcus. J'ai hâte: une fois que ce sera fini, je pourrai m'écrouler, succomber à la crève et rester tout le week-end sous la couette.


Ce matin au bar le type qui s'écoute rire a tenté d'entamer la conversation alors que j'étais plongée dans le prologue de Lipstick Traces: "Je suis malade, tu te rends compte et en plus je dois jouer ce soir, dans une boîte, au 68 rue Oberkampf, trop dur." "Mmmh." C'est bien de donner l'adresse, mais c'est pas pour ça que je viendrai. Puis il m'a fait admirer la tarte aux fraises qu'il venait de s'acheter à la boulangerie. Super ta vie, mais si tu savais ce que je m'en fous.

Envie de passer à autre chose.

C'est loin la Patagonie, pourtant c'est venu hanter mes rêves enrhumés. Je déteste ça. Et comme Monsieur le L ne me parle plus - sans plus ou moins de raison que d'habitude, en somme - je me sens vilain petit canard.

Retrouver la clé de mon sourire, de ma bonne humeur. J'ai dû la mettre par mégarde dans un de mes cartons de déménagement, je la chercherai ce week-end.

28.10.05

Pfeu

J'ai la crève.
J'ai une éruption cutanée sur le visage digne d'une ado de 15 ans.

Je suis claquée.
Je dois faire une interview demain pour laquelle je ne me sens pas du tout d'attaque.


La journée va être difficile.

I need a break.

26.10.05

Conte de fée

Under-Me Square: hier en sortant de l'immeuble j'ai vu à quoi ressemblait ma concierge... elle a une tête de batracien sur le retour, entre le crapaud des contes de fée et Jabah the Hut. La fée qu'elle a croisée n'a pas été très sympa. Ma concierge se venge à coup de panneaux assassins affichés sur la porte de l'immeuble: " La personne qui fait le tri sélectif en mettant ses serviettes hygiéniques usagées dans le bac à papier a sérieusement besoin de lunettes. " Ca calme.

Ce week-end Mom m'a raconté une histoire. En voyant que la porte des toilettes de mon nouvel appartement a tendance à se dévisser à l'extérieur, elle m'a expliqué:"Tu feras attention, parce que si tu te retrouves coincée dans les toilettes, on va mettre du temps à s'en rendre compte. Et ne rigole pas, parce que c'est arrivé à Madame T. Eh bien elle a eu la trouille de sa vie." Je méditais là-dessus et quelques questions me sont venues à l'esprit: Au bout de combien de temps cède-t-on à la panique? Au bout de combien de temps cesse-t-on de crier? Et surtout, au bout de combien de temps se résout-on à boire l'eau de la cuvette? J'en suis venue à la conclusion qu'il vaut mieux aller aux toilettes avec son téléphone portable, au cas où. Mom a eu l'air rassurée. Sauf que, dans la vraie vie, s'il fallait que je cherche mon portable chaque fois que j'ai besoin d'aller aux toilettes, je risquerais de ne pas atteindre mon objectif en temps voulu. Mais ça, je ne lui ai pas dit.

Pour rester dans la thématique du jour, hier Captain Boss a équipé le 58 d'une chasse d'eau toute neuve qui fait un bruit magnifique lorsque le réservoir a fini se remplir: le silence.



C'est pas la fin du monde

C'est pas le déluge
C'est pas la mer à boire
C'est pas la défaillance

C'est pas Hiroshima
C'est pas le coma
C'est pas le malheur
C'est pas le moment de te laisser aller

Tu vois ce sont des choses qui arrivent à tout le monde

Tu vois il faut toujours garder son sang-froid
(Extrait de l'album Le Porte-Bonheur de la Grande Sophie)

24.10.05

Tant et si peu

Ce week-end fut agité dans le sens où je ne me suis pas vraiment reposée. C'est-à-dire que je n'ai pas fait la sieste, et je n'ai pas pu non plus buller en écoutant de la musique. J'ai rangé des livres et nettoyé divers endroits de mon nouveau chez moi. Et j'ai très mal dormi entre mon matelas et le sol.

Mom est venue m'aider à faire le ménage à Under-Me Square - dimanche ET aujourd'hui. Elle a été d'une efficacité redoutable. Elle a aussi fait de moi une fille très gâtée, en m'offrant un frigo et une machine à laver ce matin. C'était un peu Noël, et mon anniversaire avec. Mon anniversaire est dans un peu plus d'un mois, d'ailleurs. Je me demande si je ne devrais pas faire une pendaison de crèmaillère-anniversaire, finalement.

J'ai donné un cours d'anglais à l'école tout à l'heure. J'ai oublié le texte que je voulais leur faire étudier à la maison. C'est dire si je suis à côté de mes pompes. Alors j'ai fait du remplissage. Je les ai fait causer et écrire. Je ne suis pas sure d'avoir le même effectif à la prochaine semaine. L'une des élèves est quasi-bilingue. Je lui ai dit:"You definitely don't need my lessons." Sauf si elle a envie de regarder des épisodes de The Office.

Après sondage auprès de différentes personnes de tous âges et de tous bords, il semblerait qu'il faille que je me déclare auprès de Monsieur le L. Obiwan (sans la barbe) m'a dit ce soir que s'il devait avouer sa flamme à quelqu'un maintenant (alors qu'il est marié, et qu'on a le même âge) il serait absolument terrorisé. Je n'avais pas trouvé le mot jusqu'ici, celui-ci résume bien la situation.

Une alternative consisterait à donner l'adresse de mon blog à Monsieur le L et à voir si ça débouche sur quelque chose. Mmmf, j'en suis incapable, me serai bouffé les doigts avant même qu'on ait le temps de se revoir, et j'ai encore besoin de mes mains, ne serait-ce que pour écrire sur mon blog.

22.10.05

sandwich au port de l'Arsenal

D'abord: très pénible de ne pas avoir de oueb à Under-me Square, d'où des posts plus espacés.

Hier, la grOsse fatigue était toujours là. Pire même.
J'ai vu Monsieur le L au café de bon matin. Puis, à 13h, j'ai pris mon courage à 2 mains. Je suis allée au fond de l'impasse. J'ai dit:"Ca te dit un sandwich au bord de l'eau?" Il a posé le violon qu'il soignait et m'a dit:"D'accord." Nous avons donc passé une heure côte à côte, à discuter de beaucoup de choses, sans nous cacher derrière nos masques respectifs.

Et malgré cette heure, déjà un évènement plaisant en soi, je me suis sentie en demie-teinte tout l'après-midi. Et pas seulement à cause de cette palette Cerumen qui m'est tombée sur le coin du nez à 14h, ce n'est plus Manhattan dans la réserve mais les Météores, en Grèce. Un phénomène naturel impressionnant, ces piles de cartons qui poussent sans crier gare. Non, ce blues c'était de me sentir proche de Monsieur le L sans vraiment l'être. Cette trouille qui me tient aux tripes, ce truc qui fait que je n'ai pas envie qu'il me dise non de nouveau, que je ne suis sure de rien. Etre assise à côté de lui mais ne pas pouvoir mettre ma main dans la sienne. Par exemple.

Ce matin j'étais très bien sous ma couette. J'aurais pu ne pas me lever, mon corps et mon esprit étaient d'accord. Mais la suite: me lever finalement, pour déballer 2 ou 3 cartons (ici aussi), puis partir au 58, je ne le sentais pas du tout. Du coup je suis allée transpirer au taekwondo, à côté de mes pompes (normal, ça se pratique pieds nus, en ce qui me concerne), malgré les excellents conseils de mes camarades de jeu, mes jambes ne m'obéissaient pas, cotonneuses et traîtres.

J'ai décidé de tout annuler: interview, sorties, tout.
Pour me reposer. Sinon je me connais, mes reins vont me trahir et se transformer en petit poucet: ramasser des cailloux, et ça fait trop mal.

20.10.05

tomates du jardin

Oulala grOsse fatigue.
Marre, marre des gens, marre des livres, marre des cartons de livres, marre des livreurs, marre des camions de livraison. Marre du 58? Mmmf, non, pas du 58, mais surtout marre de cette fatigue qui coupe tout. Qui met une boule dans la gorge qui empêche de sourire.
A bout. Au bout?

Monsieur le L a dit:"15 jours sans sortie. Ou alors petite sortie, avec rentrage à 22h30." Ah mais ce n'est pas sortir, ça, c'est rentrer à l'heure habituelle, non? Monsieur le L: celui dont je n'ai pas marre. Celui dont je n'ai jamais assez, même. La bonne blague: il veut l'adresse de mon blog. Non mais ça va pas? Question qui trottine dans ma tête depuis le café post-déjeuner: m'a-t-il fait consciemment du pied? Ou bien a-t-il confondu ma chaussure rouge avec le comptoir?

Captain Boss est de retour sur le pont. Je ne dirai pas que je suis soulagée car ce n'est pas mon sentiment. C'est surtout que la tension retombe: il reprend la barre, je m'écroule. Sous la grOsse fatigue. Il a ramené des tomates et des pommes du jardin de là-bas, loin, où il existe de vraies petites bêtes dans la nature: la campagne. Ce soir c'est salade de tomates à Under-me Square. C'est le nom de mon nouveau chez-moi, Under-Me Square.

A propos de ma colère: je ne peux en publier la raison. Trop de répercussions. Pas de vagues. C'est aussi la raison qui lui donne cette violence, à ma colère: ne pas pouvoir en parler, ce qui diminuerait l'onde de choc. Non, je la gère. J'attends. L'heure des justes viendra (j'adore, on dirait une réplique de SérieZ).

Aujourd'hui, le retour de Bob. Je lis Like a Rolling Stone de Grail Marcus, et j'écoute Bob Dylan. Je vois l'histoire de l'Amérique par un prisme qui est nouveau pour moi. Loin des bancs de l'université. Superdéfi: préparer l'interview avec Grail Marcus. Trouver des questions à lui poser, pour en publier les réponses dans le magazine où je fais mes piges. Déjà, interviewer Manu Larcenet était un défi. Mais alors Grail Marcus... Ca va être une autre paire de manche. Je me sens toute petite, petite. Very small.

19.10.05

baisse de tension post-migratoire

1ère nuit de dodo dans mon nouvel habitat.
Forte impression d'e s p a c e.
Bizarre, tant de place pour toute seule. Bon, cet espace est timide: caché derrière tous ces cartons. Nous serons bien obligés de nous faire face vendredi, quand l'appartement se sera vidé. Fini les regards en coin, par dessus une pile, pour tenter de deviner si une table irait bien là, ou plutôt là-bas. Je marche sur la pointe des pieds, je ne veux pas le gêner, nous avons été si mal présentés. Il faudra du temps - pas trop non plus, il a décidément l'air sympathique - pour s'apprivoiser.

J'ai branché mon ordinateur. J'ai beau avoir un immense balcon, il me manque une fenêtre sur la grande toile mondiale. Il faut que j'achète une boîte à haut débit sans tarder.

Difficile de rendre compte de la foule d'émotions qui me traversent depuis dimanche. Je plane dans la ouate. J'écoute Camille en boucle, fort, pour m'imprégner de tous ces sons, et continuer à avoir la chair de poule.

Pour dimanche prochain je pensais à une soirée tranquille avec les filles mais non, pas possible. My Mom vient me filer un coup de main pour le ménage - encore! et dormir là dimanche soir pour lundi matin aller acheter un frigo et si je négocie bien, un futon. Je suis très gâtée. J'ai de la chance.

Ce matin, j'ai partagé ma colère. Une colère qui m'a saisie hier soir, sur des évènements, un comportement que je soupçonnais. Monsieur le L m'a dit:"Ne dis rien. Garde le silence. Ce n'est pas à toi de t'en mêler, ton rôle n'est pas là." Il a tout à fait raison. Mon problème c'est que je SAIS, que je suis très en colère, d'une colère sourde qui vrille l'estomac. Me donne envie de hurler, de frapper, parce que c'est odieux, minable, méchant, lâche. PLEUTRE. Vicieux, calculateur, face à trop de générosité ou même de la naïveté. Ma colère ne sert à rien mais elle est là.

Alors pour résumer:
  • Camille
  • exploration d'un nouveau territoire (ses bruits, ses couleurs)
  • cette colère

Sans oublier: l'attente, la patience. Monsieur le L se décidera-t-il un jour?

16.10.05

un jour pas comme les autres

Aujourd'hui je déménageais.

Tout s'est très bien passé, au final. Malgré le stress, les angoisses, se sentir entouré par des amis, ça fait un bien fou. Tous. Porter (des cartons) et se laisser porter (par la bonne humeur de tout le monde).

Et quand, enfin, tout est bouclé et que la tension tombe, j'ai profité du soleil allongée sur le plancher, avec un portrait en contrejour que j'avais dessiné cet été. La douce sensation d'un effleurement qui vous électrise jusqu'au bout des doigts. La tendresse dans l'intonation de certaines paroles. Quelques nuages dans le ciel bleu.

Respirer, quand on est resté trop longtemps en apnée, un souffle d'air qui balaie tout.

Je me sens à la fois vide et pleine.

Une page se tourne.

15.10.05

C'est pas passé loin

Poissegirl. Patchance. Paniquabord.

Bon, pourtant la journée commençait bien: un entraînement de torture façon Obiwan (sans la barbe). Etirements à gogo, ou comment me rendre compte à quel point je suis nouée en ce moment. D'avoir respiré, détendu mes muscles, dérouillé mes articulations, à midi j'avais l'impression de ne plus avoir d'os dans le corps. Etonnant. Agréable. Etrange. Molle.

Puis, à midi, coup de fil de C, qui finalement déménage la semaine prochaine, donc à moi l'appartement dans quelques jours.


Je suis allée chercher le camion chez le loueur de camions.
Ma carte bleue ne passait pas et je n'avais pas de chéquier. Faut être naze quand même.
J'ai fait appel à SuperChouchou qui a pris sa cape magique et qui est venue me sauver d'une panade noire.
J'ai pu récupérer le camion, alors que je croyais que tout était perdu.

J'ai grillé quelques heures de boulot sans même le vouloir.

Je me suis tapé un coup de speed comme rarement. J'en tremblais encore en rentrant, mais là maintenant ça va mieux, j'ai eu le temps de me calmer.

Demain c'est le grand jour, ça va être bien. Malgré les désistements.
Une ambiance festive. Peut-être.

En attendant ce grand jour, j'ai des cartons à finir.

au bord du craquage

J-2.
J'ai l'impression de vivre des journées immenses.

Denses. Intéressantes. Mais fatigantes.

Véronique Ovaldé est géniale. Dans son univers, mais absolument pas fermée. Elle est accessible. Elle évoque les questions idiotes que peuvent poser les journalistes:"Quelle est votre relation à l'absolu?" Les réponses ont fusé dans l'assistance:"Régulière!" "Réccurente!" Faut dire, c'est con comme question. Et elle, elle est tout le contraire, avec son oeil pétillant et la réplique malicieuse.

Pas plus pour aujourd'hui. Je suis trop claquée.

13.10.05

presque moins de cartons que la semaine dernière

Entre aujourd'hui et hier, nous avons reçu une trentaine de cartons de bouquins, dont 3 cartons d'Astérix (qui n'a pas l'air terrible, y a des extra-terrestres dedans - oops, fallait pas le dire) et 3 cartons de Like a Rolling Stone de Greil Marcus (100 exemplaires pour la dédicace, et je ne suis même pas sure que ce sera suffisant). Ca ne laisse que 24 cartons à traîter, de la rigolade. Hem. Alors on a reconstitué l'île de Manhattan dans la réserve. Notre touche d'exotisme au 58 Rocket Street.

Ach. On est à la bourre. Comme Véronique Ovaldé sera là demain soir, et Gilles Rozier samedi soir, on ne va pas bien arriver à avancer. Tant pis. Mon stress est ailleurs cette semaine.

Ce midi, je bouquinais tranquillement au bar quand Monsieur le L est arrivé. Il m'a raconté la fête d'anniversaire surprise qu'ils préparent pour un de ses amis. Je lui ai expliqué que je n'étais pas allée au concert de Kizito, il m'a dit qu'il n'y était pas allé non plus, il était malade. Alors même si je regrette de ne pas avoir vu Kizito sur scène, je suis quand même moins amère que lundi soir. Je l'ai trouvé charmant ce midi, heureux, souriant, taquin, bavard même. Rien à voir avec le Monsieur le L que j'ai connu au mois de juin. Je le trouve plus à l'aise, sincère, moins en façade. Plus je le connais plus il me plaît, avec ça je devrais foncer sans me poser de question, mais non. Je n'y arrive pas. Au contraire. Je n'ai pas envie de me prendre de nouveau un rateau. Rienquemoi, est-ce que si je me prends un 2e râteau frontal avec Monsieur le L, ça remettrait en question ta palme du râteau d'or 2005? Est-ce que 2 râteaux d'argent (par la même personne) équivalent à 1 râteau d'or?

Ce soir, entraînement. J'ai décidément de gros troubles de concentration, mais avec 4h de sommeil par nuit, ce n'est pas étonnant. Pxxxxx d'insomnies. Des erreurs de pure inattention, c'est désagréable. L'impression de me réveiller en plein milieu de mouvement, complètement décalée. Je n'arrive pas à mobiliser mon attention plus de 5 minutes d'affilée. Comme les gosses, dirait Captain Boss. A un moment, le maître qui me regarde en rigolant:"Tu fais quoi, là?" Euh, je me fais peur, je crois. Je ne sais même pas quel mouvement je viens de faire, tout ce que je sais c'est que ce n'était pas bon.

Aujourd'hui mon traducteur préféré est passé me déposer un album qui contient un morceau génial: Camel Walk. Comme Chouchou veut peaufiner son interprétation du chameau, j'ai pensé que cette chanson pourrait l'aider à améliorer ses performances.

Je suis fatiguée. Je suis heureuse. Anxieuse aussi.

C'est quelque chose, la vie.

12.10.05

C'est rien ça va passer

J'ai rencontré une belle phrase aujourd'hui: "S'il y a naufrage, c'est qu'il y a eu navigation." (c'est de J-C Forest).

Dans l'ordre: ce type qui s'écoute rire, je le vois tous les jours au bar... Heureusement ce matin j'ai oublié d'être drôle et aimable et il ne m'a pas infligé son rire. Il m'a dit n'être pas motivé à chercher du boulot, et vouloir du vent pour aller voler en cerf-volant. J'ai eu comme un sentiment de déjà-vu/déjà-entendu. Calisson dit qu'il me drague. Je pense qu'il s'écoute juste parler, en plus de rire. J'étais heureuse de quitter le bar pour aller au 58, du coup.

Ce matin plein de gens pénibles m'ont gonflé. Mon dragon s'est réveillé. J'ai été désagréable avec un représentant de commerce pur jus qui voulait nous vendre des calendriers "Souris, Jésus t'aime", et avec quelques autres fâcheux qui m'ont ennuyée. Jusqu'au déjeuner. On a mangé un bon couscous, ça m'a calmée un brin. Quand nous sommes arrivées au bar, point de Monsieur le L, il était déjà reparti travailler. Soucis de synchro en ce moment.

A la place, Pion-En-Chef était là, qui m'explique qu'il est aux 35h, donc il ne travaille ni le mercredi ni le vendredi après-midi (sans parler du samedi et du dimanche). Pourtant je n'aimerais pas faire son métier même s'il présente des avantages indéniables. Quand j'ai vu la tronche de ses collègues, j'ai constaté une fois de plus à quel point je suis heureuse d'être là où je suis pour faire ce que je fais (enfin en ce moment ce que je n'ai pas le temps de faire).

Dans l'après-midi, coup de fil. Calisson chuchote:"J'ai oublié de demander qui c'était!" Pas très grave. "Allo?" "Oui, c'est Charlie." Tiens, Charlie, le retour du fils de la vengeance du maïs transgénique extrémiste. Je pensais qu'il ne rappellerait plus après l'accueil que je lui avais réservé la dernière fois, mais en fait non. Il a même compris que se pointer à la librairie n'était pas forcément la meilleure façon de communiquer avec moi (en ce qui le concerne LUI et son EGO qui prennent trop de place dans nos 60m²). Donc il téléphone. Pour me commander un livre. Il m'explique qu'il part en Patagonie dans 15 jours, qu'il espère que son livre arrivera avant. Evidemment, je lui dis, même il sera là en début de semaine prochaine ton livre. "Alors on se voit la semaine prochaine quand je viendrai chercher mon livre." Il comprend vite, c'est l'avantage avec les supers intellos:"Exact." Je le devine en train de sourire à l'autre bout de la ligne:"A bientôt très chère." Je ne peux pas m'empêcher de lever les yeux au ciel: "Oui, c'est ça. Allez, salut." J'ai constaté avec calme et sérénité que je m'en fous, de Charlie. Pas de symptôme inquiétant du type montée soudaine d'adrénaline, papillons dans le bide, mains qui tremblent et crise de maladresse aiguë incontrôlable. Petite pensée pour JolieJ: oui je me lasse vite. Tant mieux.

La fin de la journée a passé en un clin d'oeil. Des tours de cartons m'attendent encore en réserve, pas assez d'heures pour tout faire. A 20h05, Calisson me dit:"Je vais rentrer les cartes postales parce que sinon on ne fermera jamais." Ah oui, tiens, il est l'heure. Je vais chercher des cartons en réserve, je les plie et les empile dans un autre carton que je fixerai au porte-bagage de mon vélo pour rentrer chez moi (je suis un danger public). Captain Boss constate:"Mais tu n'as pas de pote qui aurait une voiture qui pourrait venir en chercher et les déposer chez toi?" Je réfléchis 2 secondes:"A part mon patron, je vois pas." (je suis de mauvaise foi parce qu'en cherchant bien, je sais que je pourrais demander à certains, je n'ai juste pas envie de les embêter avec ça). Captain Boss proteste. Puis se ravise:"Si tu veux, je te file les clés de la bagnole, mais elle fait 5m de long et c'est la galère pour la sortir du parking, même ma femme elle veut pas et pourtant c'est la sienne, de voiture!" Je hausse les épaules:"Oui ben ça va, tes cadeaux pourris, j'ai bien compris que tu voulais pas m'aider de toute façon." "Rho mais non j'ai pas dit ça!" J'aime bien quand on fait des concours de mauvaise foi. Il me bat toujours à plates coutures. L'expérience, je suppose.

Et il a proposé d'aller boire un verre.
Quand on est entrés, Monsieur le L buvait un verre au bar avec des amis à lui. On a parlé 2 secondes et demi environ. Un moment intense, comme d'hab, du pur quotidien. Je lui ai expliqué que le déménagement avait failli être annulé. Il m'a dit:"Ben non, pas avec un beau flyer comme ça, c'était pas possible!" Non, pas possible, mais ce n'est quand même pas passé loin.
J'ai réitéré l'exploit de la veille: un coca et un jus d'ananas. Bibou s'est indigné, mais nous a quand même resservi 3 fois des chips. On a fait une pseudo réunion de travail. C'était chouette.

Et là, ce soir, encore une fois je me retrouve en tête-à-tête avec mes cartons, mes angoisses et mes doutes.

Petite satisfaction: j'ai trouvé LE carton idéal pour emballer ma chaîne hi-fi. Rien que d'y penser j'ai des frissons dans le dos, laisser ma chaîne hi-fi dans un carton! Au cours de mes 5 précédents déménagements, elle a toujours été LA 1ère chose que j'aie branchée dans mon nouveau lieu de vie.


Argh. C'est rien, ça va passer.

Hard Times

J'ai commencé la journée en annonçant à Captain Boss:"Il faut que je te parle." Il a froncé les sourcils. "Alors d'abord, comme la semaine prochaine je n'ai plus d'appart, j'ai fait rediriger mon courrier à la librairie." Il me regarde, interloqué:"Oui ben je m'en fous, c'est pas un problème." Bon, ça, c'est fait. "Et puis samedi après-midi il faut que j'aille chercher les clés du camion à 17h30." Là encore:"C'est bon, c'est pas grave, on va gérer." Ouf. Tout va bien. Sauf qu'à 18h ce soir il a réalisé:"Mais en fait y a la dédicace à 18h samedi! Tu ne vas pas être là pour préparer!" Moi, regardant mes pieds:"Ben, non, mais je n'en aurai pas pour longtemps, tu sais." "Oui mais quand même, ça tombe super mal." Argh. Dénouement heureux ce soir Chouchou a accepté de prendre le relais pendant une heure au 58 pour que tout se mette en place tranquillement. C'est qui la meilleure amie du monde que j'ai? CHOUCHOU! Parce que là, sans elle, le camion, c'était compliqué... enfin je le sens compliqué, ce déménagement, quoi qu'il arrive. Heureusement que j'ai de l'aide. Pour l'angine, j'hésite, samedi matin ça me paraît être pas mal?

Petite journée tranquille, j'ai brassé de la paperasse, évacué les factures, rangé quelques bouquins, posé des petits panneaux à divers endroits. Bon, Captain Boss a dû me dire à 20h:"Stop, bbl, le reste on peut s'en occuper demain!" En fait il était super impatient de passer l'aspiro tranquille tout seul. Calisson est rentrée chez elle fissa, grosse journée pleine de fatigue pour elle, qui a pris le train très tôt à Aix pour rentrer sur Paname.

Bonne surprise, Jr qui me fait une brillante évocation écrite du bruit du pitbull par mail, puis qui passe ensuite au 58 pour me déposer un exemplaire d'une bd impressionnante tant par son volume que par le graphisme et des dialogues incroyables... pas de texte. Quand j'en ai parlé à Chouchou ce soir, elle m'a dit:"Faudrait quand même lui dire que c'est pas en refaisant le coup tous les 2 ans qu'il décrochera chaque fois un prix à Angoulême!" J'adore son catalogue jeunesse (entre autre). Alors j'en vendrai à Noël.

Puis soirée au bar, avec Rienquemoi blessée par un camion qui a perdu une pièce en route, et avec Chouchou. Précisément le genre de période où tout fluctue, on ne sait pas bien où on en est, la configuration de la semaine à venir reste floue voire incertaine. Le barman au nom que j'ignore, "le faux frère de Romain Duris" selon Chouchou, a rigolé quand j'ai commandé un coca, puis un perrier, suivi d'un jus d'ananas. Il m'a dit:"Ca monte moins à la tête que la bière, pas vrai?" Gnagnagna. M'aurait étonné qu'il soit suffisamment gentleman pour ne pas évoquer ma cuite d'il y a 10 jours.

Tout est possible. Prendre des décisions pour pouvoir s'y tenir, ça commence souvent par là. Savoir accepter de se reposer sur ses amis quand ils le proposent sincèrement. Faire confiance aux bonnes personnes. Savoir quelles sont celles qui sont fiables et celles qui le sont moins. Ne pas les aimer moins pour autant, juste en connaître les limites. Jouer juste. Savoir perdre un peu, ne pas vouloir tout gagner sous peine de perdre trop. Même si ça fait mal, même si c'est injuste. Savoir se préserver, se laisser porter, ne pas s'imaginer que tout se passera dans le meilleur des mondes, parce que ce n'est pas là qu'on vit, on le saurait sinon depuis le temps. Se préparer à l'inattendu en n'attendant rien. Relancer juste pour voir, on ne sait jamais.

S'ouvrir à autre chose. Parce que le meilleur reste à venir quoi qu'il arrive.

Rienquemoi m'a ramené du sirop d'érable et des jelly beans aux parfums exotiques du pays des caribous. Je sens qu'on va bientôt manger des pancakes au 2 rue D.

10.10.05

J-5

Une fois tous les cartons que j'avais ramenés hier remplis, je me suis pris un sacré coup de barre, d'autant qu'il reste encore une sacrée masse de trucs à emballer (toute la cuisine, le matos hifi vidéo et 2/3 autres bricoles qui traînent). Alors je suis allée faire la sieste. Il était 16h30. Je me suis levée 2h plus tard, je n'avais plus mal à la tête et déjà un peu plus le moral. Je me suis fait 2 tartines de Nutella et j'ai enfourché mon vélo magique, direction le dojang (=là où on fait du taekwondo, et où y a pas de cerf-volant).

Le lundi soir, il y a: entraînement tous niveaux de 20h à 21h15, puis entraînement ceintures noires de 21h15 à 22h15. J'avais prévu de m'éclipser discrètement, petite souris, à 21h15, après l'entraînement tous niveaux, pour aller au concert de l'ami Kizito à 22h, dans l'espoir secret (sisi) d'y retrouver Monsieur le L et de le voir quelques instant en dehors du bar, de l'atelier, de l'impasse en général. A 21h15, je prends mes affaires dans la salle et me dirige vers le vestiaire, mais le maître a l'oeil encore alerte, même s'il ne portait pas ses nouvelles lunettes à ce moment-là... "Hep Mademoiselle y a entraînement de démonstration maintenant." Totalement de mauvaise foi, je dis en montrant mes affaires:"Je vais juste poser ça dans le vestiaire, je reviens!" et je retourne m'entraîner au lieu d'aller fumer de la drogue, boire de l'alcool et écouter de l'afro reggae dans un bar le long du canal Saint Martin en compagnie d'un homme qui me plait.

Le taekwondo, c'est une hygiène de vie.

Bon, pour positiver le truc, je pourrais dire aussi que j'ai bien apprécié d'avoir le temps de répéter plein de fois des enchaînements de coup de pied qui me font affreusement peur depuis que j'ai de nouveau le droit de les faire. Genre des coups de pied où il faut sauter (un peu) puis enchainer un autre coup de pied avec forte rotation sur ma jambe d'appui qui fut fragile (et l'est encore). Pour l'instant tout va bien, je ne me fais pas mal. Mais j'ai tellement peur que je ne me lache pas. Et du coup ça passe difficilement. J'ai l'impression d'être à la classe biberon quand tous les autres en sont déjà depuis belle lurette au steak saignant (y avait qu'à voir la main de G après avoir pété une planche sous le coup de la colère et manqué de décapiter Patfoot qui n'avait rien demandé). Effet bizarre: quand on me demande de passer un coup de pied "simple", je le foire. Quand on me demande de faire un coup de pied plus complexe (avec saut et rotation dans l'espace) enchaîné avec le même coup de pied simple, je ne fais que le complexe et le simple passe beaucoup mieux. Donc si on me demande de faire des trucs hyper méga complexes y a des chances pour que je fasse correctement de jolies choses élaborées. Ou que je me blesse. Hum.


Je vais rester humble et patiente et continuer à m'entraîner... à défaut d'aller à des supers concerts et de trouver l'homme de ma vie. M'en fous, lundi prochain y a le concert de Camille, je ne me ferai pas avoir, j'irai à l'entraînement du midi.

tout smooth

Finalement pour le déménagement tout va bien. Enfin sauf sur 2 points de détail mais je pense que nous allons nous en arranger.

Je peux déposer mon barda dans mon futur appartement mais point encore emménager. Donc c'est l'amoureux de C qui nous ouvrira les portes de mon nouvel Eden-Home mais les refermera dès le déchargement bouclé. J'ai des scrupules à le faire rester le temps que nous festoyions. Je verrai comment nous pourrons nous en arranger mais il est probable que le côté festif soit plutôt finalement du côté de la rue des boulets, quitte à revenir y pique-niquer après le travail physique (on s'entasse tous dans le grand camion). J'en connais qui vont être déçus, je préparerai une collation pour la place Souham de toute façon, mais ça risque de tourner court... ça me contrarie mais déjà, je sauve les meubles et ne suis pas obligée de tout annuler.

2e effet secondaire non-négligeable: je vais être SDF pendant quelques semaines. Je ne me contente pas de mobiliser mes amis tout un dimanche matin mais je vais carrément les envahir, squatter leur lit leur frigo et leur machine à laver! Je suis une plaie.


Bonne nouvelle, Chouchou s'est portée volontaire(-désignée) pour la première semaine. Si jamais je rejoue en 2e semaine, quelqu'un d'autre voudrait bien m'accueillir???

9.10.05

coup de stress dominical

Dans une semaine, j'aurai déménagé, je serai dans mon nouvel appartement dans le 13e. C'est ce que j'imaginais (presque) jusqu'à ce midi quand j'ai émergé d'une bonne grosse nuit de sommeil. A 11h mon téléphone avait sonné, moi sur ma mezzanine et lui en bas, je ne me suis pas précipitée, je me suis contentée de paresser encore une heure. Et j'ai bien fait, parce qu'une fois le message écouté, j'étais décomposée.

C'était C, qui me laisse son appartement. Elle a pris du retard sur son propre déménagement et me demandait s'il était possible de repousser... Je n'ai pas hurlé, je ne suis pas devenue hystérique, je n'ai pas pleuré. J'ai jute pensé:"Je le savais. JE LE SAVAIS!"


Tout était trop facile, bien calé, il fallait que l'engrenage se grippe quelque part.

En parler, ça soulage. Alors je l'ai raconté à JolieJ, compatissante en son dimanche à la campagne (avec des vraies bêtes, comme à la télé), je l'ai dit à Captain Boss quand je suis allée chercher ma ration de cartons au 58 à 18h. J'essaie de faire bonne figure, comme si ça ne me contrariait pas et comme si je n'allais pas me retrouver à la rue avec tous mes cartons dans une semaine.


Car C ne répondait pas au téléphone cet aprèm. J'en ai la chair de poule.

Il faisait beau aujourd'hui et je n'ai pas eu le coeur d'en profiter.
Ce soir, alors que ça faisait 2 ans que je me disais que j'avais perdu mes lunettes de soleil, je les ai retrouvées, elles s'étaient glissées derrière un meuble. Ca tombe bien, je pense que c'était le dernier jour de beau temps avant l'année prochaine. Le soleil était couché quand je les ai retrouvées.

Ce type s'écoute rire

Je vais faire la peste ce soir, et évoquer une personne qui me laisse encore perplexe. Je n'ai pas encore décidé si elle me tape sur les nerfs. Je crois que oui mais je ne veux pas trop m'avancer non plus. Je laisse toujours le bénéfice du doute.

Ce type au bar, que j'ai vu hier alors que je discutais avec Monsieur le L. Celui-là même qui s'écoute rire. Il dit quelque chose qu'il trouve drôle, que "les femmes sont grimacières" par exemple. Je suis pourtant bon public, mais je n'avais pas compris qu'il s'agissait d'une phrase comique. Et le gars en question part d'un grand rire sonore, un rire qui serait beau, magnifique, incroyable sur une bande son enregistrée pour la tv. Mais dans la vraie vie de tous les jours, il reflète surtout une absence palpable de spontanéité, l'attitude typique de quelqu'un en représentation. Un rire creux. Et ça ne m'intéresse fichtre pas.

Ce midi j'ai donc revu ce type au bar. J'espèrais Monsieur le L qui n'est point venu, ce n'était pas son heure, normal. Je le croise rarement le samedi. A la place, lui, qui s'écoute rire, qui qualifie mon air de dubitatif lorsqu'il s'avère être contrit, parce qu'il essaie d'utiliser des mots dont il ne saisit pas pleinement le sens. Et me prête, dès lors, des émotions et attitudes qui ne sont pas les miennes - du tout.


Le type qui s'écoute rire m'a parlé de cette fille qu'il a re-vue hier soir avec qui il était totalement incompatible:"Tu comprends, 22 ans, mais alors, trop pas possible, une môme." Je touille mon café. "Des préoccupations, mais tu hallucines." Je pose ma cuillère:"Alors tu lui as mis un râteau, donc aujourd'hui fais preuve d'un peu de compassion, elle doit être très triste à l'heure qu'il est." Il a l'air surpris, il ne peut pas comprendre d'où me vient cette soudaine sympathie pour cette fille:"Non mais tu vois, déjà la 1ère fois je me suis dit que ça ne le faisait pas, mais là, 2e fois, j'ai compris que ce n'était vraiment pas possible." J'ai bu mon café en pensant cxxxxxd, elle a quand même bien dû y croire si c'était le 2e rencart.

Puis il m'a parlé de voile, de décoller, il pratique une sorte de cerf-volant acrobatique (du kite quelque chose), c'est chouette. Il était déjà plus intéressant quand il m'explique sa passion, qui lui permet de faire le vide dans sa tête, de ne penser à rien, ou de ne penser qu'à ça, c'est selon, d'une phrase à l'autre.

J'ai posé mes pièces sur le comptoir, lancé à la cantonnade:"Bon week-end!" et suis repartie vers mes cartons de livres. Quelques "bon courage" m'ont accompagnée alors que je poussais la porte.

Calisson est revenue. Ca m'a fait bien plaisir, j'ai pu garder ma bonne humeur toute l'après-midi. C'était au tour de Captain Boss de s'agacer pour des bêtises. Faut dire que c'était jour de compta, ça lui fait perdre le sourire, au patron. Ca le gonfle! Mais j'ai réussi à le faire véritablement exploser de rire - un éclat de rire qui n'a rien d'une bande-son de film - une pauvre blague qui a bien détendu l'atmosphère.

Et ce soir, chez les garçons, sur les grands boulevards, pour l'anniversaire de G. Fatiguée, mais heureuse d'être là en bonne compagnie. Je n'ai pas trop bu, pas envie de réitérer les exploits éthyloques de la semaine précédente. Nous avons évoqué /entre autre/ avec JolieJ ce décalage entre notre pays de naissance qui n'a pas grand chose à voir avec notre pays de coeur - elle le Liban, moi l'Angleterre... G la Bretagne?

6.10.05

Help me pleaaaaase

Je joue à Tetris au 58 aussi. Mercredi, en arrivant, 8 cartons Hachette en 3h. De la rigolade. Aujourd'hui, il restait donc 2 cartons Hachette à finir et 1 carton Sodis. Mission accomplie à 14h après la pause déjeuner. Et là... là, livraison de 12 cartons Interforum, plus 6 colis de réassort divers. Je rigole jaune, je fais le tri des livres importants qu'on m'a demandés au cours de la matinée, comme le dernier Salman Rushdie, le dernier Douglas Kennedy et 2-3 autres bricoles.

J'ouvre l'intégralité des 12 cartons Interforum qui ne sont en fait que 11 - rhaaaaaa il en manque 1!!! Coup de fil à Interforum:"Ah oui, je le vois, il est resté sur le quai ici votre colis!" Avec un peu de chance ça va être le colis avec les albums moches avec des photos de chats et les livres de développement personnel. Ben non, loi de Murphy oblige, le colis qui manque, c'est celui avec le nouveau roman de Douglas Kennedy. On a bien reçu les sacs promotionnels dont on se fiche, mais le bouquin, non.

Je sens que je vais m'énerver, Captain Boss me dit:"Vas-y, énerve-toi, parce que moi j'ai pu la force, j'ai déjà eu mon quota de contrariétés aujourd'hui."

Je remonte les livres qui me semblent importants de cette série de 11 cartons: ils tiennent dans un seul carton. Question: c'est quoi, tout le reste???

Et là, un autre transporteur arrive. Oh, les nouveautés Volumen!!! Comme je suis contente! Et y en a combien? 15 cartons... là je frise l'hystérie, le dragon crache du feu:
"De toute façon c'est pas grave, hein, Captain, parce que demain on va se prendre que 8 colis UD sur la tronche, une broutille, j'aurai eu le temps de tout finir, pas vrai?"
Captain Boss, perplexe:"Je me demande surtout où on va les ranger, tous ces bouquins..."
Moi, désabusée:"Boaf, je vais venir à 6h du mat' pour avancer."
Captain Boss, suppliant:"Non, pas tous les matins quand même!"
Moi, haussant les épaules:"Je plaisantais."

Cet endroit est un challenge. J'ai des tonnes d'idées pour réaménager l'espace mais il faudrait que je le fasse la nuit car je n'ai pas le temps dans la journée. Sauf que je vais crever si je bosse jour et nuit. Je dois dormir, de temps en temps, entre 2 insomnies.

Ce midi, au café, je suis tombée sur le Pion en Chef (on appelle ça CPE, Conseiller Principal d'Education, dans la terminologie actuelle) du Lycée Pro d'en face. Il est venu une fois ou 2 au 58. Il m'explique qu'il est un assidu des librairies et m'exhibe fièrement toutes ses cartes de fidélité. Au moins, il soutient la librairie indépendante, ça fait plaisir. Mais il parle, il parle, il parle... N'arrête pas. Je vois Monsieur le L s'installer au bar de l'autre côté du Pion en Chef. Sa bise se fait toute douce mais c'est trop court. Quand le CPE lève le camp, nous discutons par-dessus le siège vacant qui nous sépare, Monsieur le L et moi. Il me dit qu'il se prend un méchant coup de barre et qu'il doit retourner à l'atelier. Je lui dis que malgré son coup de barre, contrairement à bien souvent, il a les yeux grand'ouverts. Il m'explique que oui, que son boulot jusqu'au week-end recquiert une attention visuelle particulière, de la précision. Je crois même que je ne lui ai jamais vu de si grands yeux. C'est étrange... on ne dirait pas le même personnage.

J'aime beaucoup le regarder travailler, mais je m'interdis de passer à l'atelier. Il m'avait montré comme le bois absorbe la colle, à coups de pinceaux répétés, avec son pot de yaourt en verre empli de glue jaune liquide. Il avait joué au magicien en prenant des pigments et en me demandant:"A ton avis, ça donne quelle couleur?" A partir de petits bouts grisâtres de rien du tout, il obtenait une teinte de vernis grenat, puis il avait modifié la teinte petit à petit jusqu'à obtenir l'accord parfait pour maquiller les réparations d'un instrument en cure au fond de l'impasse.

Et ce soir, récréation. A 19h, direction la Cour des Lions. C'est l'heure du taekwondo. Entraînement en dents de scie, ma concentration me joue des tours étonnants. Je suis complètement à la ramasse sur plein d'enchaînements. Le Maître se marre en me voyant à côté de mes pompes (alors que je suis pieds nus), parce que ça me fait rire, moi aussi, de constater que je patauge maladroitement dans des exercices qui ne me posent pas tant de difficulté d'habitude... Les chutes avant sur le parquet me laissent 2 gros bleus sur les épaules mais je me dis que la saison des débardeurs étant passée, ce n'est pas si grave.
Plein de nouveaux - et nouvelles - ce soir. Et notamment une nouvelle, qui parlait beaucoup, beaucoup, mmmh, je dirais même trop, n'ayons pas peur d'émettre un jugement. Dans le vestiaire après l'entraînement:"Tu pourrais me montrer une clé qui soit vraiment efficace?" "Tu es sure?" Elle est sure. Alors je lui place une double clé, elle cherche à comprendre, me remercie. Elle continue à me taper la conversation, elle prend son temps, s'imagine que je ne reste que pour discuter avec elle alors que j'attends qu'elle ait fini de se rhabiller pour refermer le vestiaire derrière elle. Je subis un interrogatoire en règle que j'esquive en lui retournant les mêmes questions et elle préfère parler d'elle-même, en fait, tant mieux. Le maître finit par taper à la porte pour signifier que le temps est long. Je sors du vestiaire, il me dit:"Elle est bavarde?" J'acquiesce d'un mouvement de la tête. "Ah bon." Quand la demoiselle sort du vestiaire:"Alors, on bavarde? D'habitude les filles elles ne sont pas bavardes, ce sont elles qui sortent des vestiaires en premier." Ca lui coupe la chique, à ma nouvelle meilleure amie.

Je me demande si je vais arriver à me lever plus tôt pour avancer dans les cartons demain matin...
Disons que c'est sûrement le seul moyen d'arriver à ne pas partir après 20h30 demain soir. Alors je maudirai mon réveil sur 10 générations mais je me lèverai. Il faut savoir se fixer des objectifs, dans la vie.

5.10.05

Like a Rolling Stone

Captain Boss a décrété qu'on passerait du Bob Dylan jusqu'à la dédicace de Greil Marcus, ça veut dire qu'on va s'en gaver jusqu'à fin octobre! OK, Dylan, pointure, rien à dire. Mais alors l'intégrale, parce que le même album qui passe en boucle, ça ne va pas être possible.

Journée de reprise. Aucune réflexion sur mes exploits de samedi soir. J'avais décidé de tout nier en bloc, au cas où.

Aujourd'hui un nouvel album de Sempé, un peu de France. Je préfère un peu de Paris, bien sûr. Toutefois, la page avec une dame sur son vélo dans une rue pavée en vaut le détour. Chaque personne à qui je l'ai montrée s'est esclaffée. Demain, je photocopie la page et je l'affiche dans la vitrine.

Pas eu le temps de souffler. Même pas eu le temps, oh sacrilège, d'aller m'acheter un 4h à 18h.

Nous sommes parties déjeuner tard avec Calisson, j'ai juste eu le temps d'apercevoir Monsieur le L au bar mais il en était déjà parti après notre pizza. Râté. Insidieusement JolieJ m'a mis le doute. En aurais-je marre de Monsieur le L au bout de 2 semaines? La question se tourne et se retourne dans ma tête, me fait hésiter. Comment savoir sans essayer?

Demain et après-demain, Calisson retourne en cours. Nous n'allons pas entendre son accent pendant 48h, sa façon de supprimer si carrément l'accent circonflexe dans le prénom de Captain Boss. Heureusement elle revient samedi. Notre sourire plein de soleil.

Lundi soir prochain, concert d'un musicien de l'immeuble dans un bar dans le 10e. Sa femme m'a dit:"Tu viendras avec ton amoureux!" "J'en ai pas." "Tu viendras quand même!" "Bah oui, c'est pas obligé de venir en couple, si?" "Ben non." "Tout va bien alors."

Le 58 Rocket Street a cet effet étonnant sur ma personn(alit)e que je fais moins subir ma mauvaise humeur à mes collègues que dans mes boulots précédents. Comme il ne m'est pas possible de faire porter le chapeau de toutes mes contrariétés toujours à la même personne, je rumine seule et me calme, m'adoucit.
Le dragon en moi se fait tout petit. Il avoue, honteux, baissant la tête: je suis fatigué, c'est moi ta mauvaise humeur, mais y a rien de dramatique, alors je ne cracherai pas de feu, je vais me rouler en boule dans un coin et j'attendrai une vraie raison de montrer le bout de mon nez.
Ne reste donc plus qu'à sourire, à profiter du ciel plombé et du magasin de gadgets ethniques kitschissimes tendance hideux qui vient d'ouvrir en face. Et de l'ami Bob, bien évidemment.

4.10.05

C'est reparti

Que fait une libraire pendant sa journée de récup? Elle va visiter une autre librairie. Bon, pas n'importe laquelle, celle d'où elle vient, tant qu'à faire. Pour voir des amies et faire de l'espionnage industriel.

Je ne prends plus le métro. Alors la grève, je m'en tamponnais le coquillard comme dirait l'autre. Sauf que j'avais laissé mon vélo à la librairie samedi soir, donc j'étais à pieds, et aller jusque sur les grands boulevards à pied, ça m'enchantait moyen. J'ai pris ma musique et je me suis armée de patience pour prendre la ligne 9.

5 minutes d'attente et hop, métro. This is my lucky day.

Là, j'ai retrouvé JolieJ, nous avons déjeuné ensemble. Je ne l'avais pas revue depuis le mariage, j'étais bien contente de passer du temps en sa compagnie. J'aime ses réflexions, sa pertinence, sa façon d'avancer, de ne pas s'embarrasser ou alors le moins possible. Son rapport au monde et aux gens. Comme elle me dit que Monsieur le L va me gonfler au bout de 2 semaines, tout en reconnaissant la pertinence de la tactique tactile que j'applique au jour le jour. Ses yeux futés qui pétillent en apprenant que oui, Monsieur le L sera des nôtres pour le déménagement.

Après 1h à décortiquer toutes les tables pour piocher des idées pour le 58 Rocket Street, LittleG m'a dit qu'elle partait déjeuner, alors je suis allée l'accompagner chez les garçons. Pris un fondant au chocolat parce que mon estomac a repris goût à la vie depuis dimanche. Nous avons là aussi papoté, entre mariage arrosé et nostalgie de vacances reposantes, bouquins sympas et projet de déménagement pour Melun abandonné, parce que Paris-Melun 2 fois par jour, pas possible, alors chercher différemment, ailleurs, plus près. Pas évident. LittleG a proposé de faire un gateau pour le jour du mien, de déménagement. Je m'en lèche les babines d'avance.

Puis LittleG est repartie travailler, et j'ai repris le métro. Courte hésitation: est-ce que je passe au 58 récupérer de quoi bosser à la maison ou pas? Eh bien oui. 10 minutes d'attente et hop, lucky day again. Je suis passée là-bas récupérer des catalogues en jeunesse pour commencer à préparer mes commandes de Noël.

Captain Boss:"Bon, tu es là demain, tu viens hein?"
Moi:"Je sais pas, je vais réfléchir."
Lui:"Ah si, tu viens demain, de toute façon tu n'as pas le choix."
Sa façon de dire qu'au 58, il faut que l'équipage soit au complet sinon c'est moins facile, moins drôle peut-être?

Petite vanne de Calisson concernant mon dimanche comateux, j'aurais aimé pouvoir répondre:"Je ne vois pas de quoi tu veux parler" mais je n'ai pas réussi à être d'une telle mauvaise foi.

Ce soir, je travaille sur mes catalogues de bouquins, je choisis les livres que nous allons vendre en jeunesse pour Noël. J'ai du mal à me lacher sur les commandes. Pas d'achat, pas de vente, logique. Demain, je montrerai mon boulot au Captain, en sachant qu'il dira:"Oui, très bien." Et la question "Mais si ce n'est pas suffisant?" persistera dans nos esprits jusqu'au 24 décembre, comme un nuage funeste au dessus du 58.

Mieux mais pas top

Amusant comme un déménagement peut vous pourrir le sommeil. Cette nuit je me suis tapé un méchant coup de stress, donc j'ai très mal dormi. C'est agaçant quand on a besoin de se reposer... Hier encore je n'étais pas en forme, loin de là, même si 2 tours de cadran ne m'ont pas fait de mal. J'ai résisté tout l'après-midi à l'envie d'aller faire la sieste pour ne pas me retrouver frappée d'insomnie la nuit venue, c'est ce qu'on appelle un échec.

Une vraie fatigue corporelle. De celles qui vous font sentir que votre corps est lourd et que vos réflexes sont partis en vacances à Acapulco.

Bon, à part ça tout va bien. Je vis dans un monde cotonneux, brumeux, ouaté, tout ça. Il fait plutôt gris, frais, il se pourrait qu'on se prenne une averse d'ici quelques instants, pour ceux qui auraient encore un doute, l'automne est là. J'adore cette saison si pleine d'imprévus.

Je rêve de dormir encore pendant 12h d'affilée.

Comme me disait un ami hier:"Ben oui ma vieille, t'as pu 20 ans."
Dur.

3.10.05

Hong Kong

Petite pensée pour Miss Wong:

le 6e morceau sur la compil
"Help a day in the life" s'appelle Hong Kong,
c'est un inédit de Gorillaz. J'aime beaucoup.

Cela dit, beaucoup de morceaux en valent le détour sur ce CD,
y a quand même entre autres Coldplay, Radiohead, Bloc Party,
Damien Rice...

Parce que la musique ça fait du bien quand on a mal au coeur.

plus jamais ça

Tombée dans un traquenard: "Allez, une si bonne journée, faut fêter ça!" a dit Captain Boss en sortant le Champagne.
Oublié que la veille, grosse journée au point que le samedi matin, pas d'entraînement parce qu'au bout de mes ressources d'endurance. Résultat les bulles vont pétiller direct dans le cerveau, et la 2e session au bar était totalement superflue, m'en souviens pas, d'ailleurs, pas tellement, m'en manque des morceaux.
Beaucoup, beaucoup TROP bu.
Minable. Super minable. Minablissime.

Au point de ne pas rentrer chez moi toute seule. Au point de dormir chez Calisson, parce que là... trop loin de tout.

Et le dimanche, à 11h, la tête encore à l'envers. Je sens que je ne me sens pas bien du tout. Les croissants et pains au chocolat me donnent envie de vomir. Je prends une aspirine, et même l'aspirine me renverse le coeur.

Alors je prends mon courage à 2 mains et je rentre chez moi.

Chez moi: direct sous la couette. Je sais que mon dernier repas remonte à 24 h plus tôt et que je devrais manger mais je n'y arrive pas. J'ai la tête dans un étau, je somnole 3/4 d'heure et je me réveille en maudissant mon manque de discernement et je recommence. D'habitude quand je fais la sieste, je ferme les yeux et 2h plus tard je me sens reposée. Là, je ferme les yeux et quand je les rouvre, il est 45 minutes plus tard et ça ne va pas mieux. C'est la différence entre cuver et faire la sieste. Le temps ne passe pas et le mal aux cheveux est toujours là.

De mauvaise foi:"On n'a pas bu tant que ça, mais avec la fatigue..."

Passé la journée sous la couette. Vers 21h, le mal de crâne est parti. Alors je commence ma vraie nuit. Et j'ai dormi jusqu'à 10h ce matin.

Ca va mieux, mais ce n'est pas encore la grande forme.
Il faut être débile pour avoir obtenu un week-end de 3 jours et passer le 1er sous la couette...

Il ne faut plus.
Je vais me prendre des vannes pendant au moins 2 semaines avec cette histoire.
Cela dit Bibou il a pas intérêt à faire son malin parce que moi, je n'ai pas dormi 2h au fond de l'impasse.

1.10.05

Cette année Noël a lieu en octobre

Le jour le plus long:

10.30am/1h15am avec 1h30 de break...

J'ai une espèce de barre en travers du dos, comme en rentrant des vendanges.

Aujourd'hui:

Monsieur le L qui me raconte ses potes, j'aime bien, parce qu'il se raconte à travers eux. Prendre le temps de le connaître.

Un représentant qui imite le bruit des oiseaux et m'a bien fait rire.

Un crétin qui se prend pour le centre du monde.

Des gamins avec les yeux qui pétillent comme à Noël parce qu'à minuit, un petit sorcier reviendra habiter leur imaginaire.

Un cocktail mondain au 58 Rocket Street avant minuit, et à minuit on lève la toile rouge, et c'est la ruée, pendant 1/4 d'heure du non-stop à la caisse, le genre de speed qui me file des sueurs froides pour Noël...

Je suis claquée. J'ai quand même trouvé le moyen de reclasser les 3/4 du rayon sciences humaines pendant le cocktail...

Des amis sont passés ce soir et m'ont dit qu'ils allaient retourner voir un concert d'Oldelaf et Monsieur D sur un péniche en bord de Seine. Bien envie de m'en remettre une couche.

Un abruti qui sortait du bar à 1h15 qui me dit qu'il ne faut pas que je fasse la gueule, que je dois me laisser aller, parce que c'est le week-end. Et là, je réalise le décalage: mon week-end n'est pas commencé et je sors à peine du boulot.

Je pédale et je rentre.
Même pas mal.
Parce que y a pas à dire, voir les gosses avec leur exemplaire d'Harry Potter dans les mains, on a l'impression de vendre du bonheur.
Ca vaut toute la fatigue du monde.