16.9.05

S'asseoir, c'est mourir

Ce matin, je ne travaillais pas, répit jusqu'à 15h. Ca tombait bien, j'avais un article à rédiger pour le magazine où je fais des piges. Un gros article, jamais testé ma plume critique sur ce calibre, alors un peu inquiète. Je pensais me lever tôt, comme d'hab, écrire, puis prendre mon sac et filer à l'entraînement de taekwondo avant d'attaquer la demie journée de boulot.

Sauf que.

Je suis fatiguée. Je ne me plains pas, je ne fais que constater. Je me suis dit: si tu es fatiguée, alors repose-toi. Tu as toutes les raisons d'être fatiguée et tu dois écouter ce que ton corps te dit. Puisque tu as la chance ce matin d'avoir les yeux qui se referment tout seuls, que l'insomnie ne te ronge pas le sommeil, alors sombre au creux de l'oreiller.

Ce que j'ai fait.

Jusqu'à 9h45, le téléphone a sonné. Mom. Evidemment.

Alors je me suis levée, je suis allée chasser mon petit déjeuner au Franprix, et je suis rentrée pour écrire mon article. J'ai passé 2h dessus, à essayer d'être claire et concise sur un livre d'une densité impressionnante. Sans faute d'orthographe ou erreur de syntaxe. J'espère. Et l'heure tournait. Il était déjà 13h.

J'ai donc enfourché mon vélo direction Rocket Street. Je sentais mes paupières encore engourdies. L'air frais et humide aurait dû me mettre une bonne claque et me réveiller enfin mais non, dans le coton jusqu'au bout. J'entre au bar, je demande un café s'il-te-plait Bibou, il est joli ton tee-shirt où c'est écrit dessus OBEY comme un ordre donné à tous les clients qu'il regarde droit dans les yeux, Bibou. Bibou me dit:"Alors, on se la pète dans Libé aujourd'hui?" et moi, assommée:"NOon!!! C'est vrai que c'est aujourd'hui!"

Et là, article dans Libé, en bas de page, le nom du Boss, et le mien, BBL, bien orthographié, et tout plein de petits détails comme j'aime sur le 58: le portrait de Pérec, la vache au plafond, les yeux qui pétillent... Oui, aucun doute, c'est bien de nous qu'il s'agit, cet article est touchant, personnalisé, on ne peut pas confondre.

Elated. Douce ivresse de la fatigue avec pincement à l'estomac, l'émotion. Regarder par dessus mon épaule et contempler le chemin parcouru. Avec le sentiment d'être arrivée au port, un endroit fixe comme point de départ et d'arrivée de toutes nos aventures.

Comme la venue du grand Russell Banks dans nos murs.
Un monsieur d'une gentillesse et d'une disponibilité incroyables pour une sommité de la littérature américaine. Qui a lu de voix de maître la fin de son dernier roman pas encore sorti en France. Un public attentif, tous ces gens qui ont poussé la porte du 58 pour venir voir le bonhomme. Suspendus à ses lèvres. Vivre un moment unique, le genre d'évènement qui me rappelle, même si c'est un métier exigeant, pénible, fatigant, qui demande beaucoup de temps et de passion, de patience et de force, pourquoi je suis libraire. Pourquoi j'aime ça et pourquoi je suis heureuse de ne pas avoir pris un chemin différent.

Aujourd'hui le mail d'Obiwan (qui m'a fait fort plaisir), me qualifiant de star internationale pour cause de mon nom cité dans Libé. Mais non, ne pas se tromper: l'article parlait du lieu, de son âme, et la star, c'est le 58 Rocket Street et l'énergie que le Boss met à l'habiter.

1 Comments:

At 1:40 AM, Anonymous Anonyme said...

Bel article, felicitation a vous deux qui avez reussit a donner une ame a ce lieu... Sinon l'article ne donnerais pas autant de detail et, surtout, ne donnerais pas autant envis d'aller y faire un tour ;o)

Moi aussi faut que je fasse un article pour le magazine ou on fait des piges, pas un gros comme toi mais bon faut je le fasse :o( j'ai po d'idée, enfin comme d'hab ca viendra en l'ecrivant...

Bises miss

 

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